Louise Labé, Tous les Poèmes pour le Cours Avancé

Sonnet VI
(On voit mourir…)

On voit mourir toute chose animée,
Lorsque du corps l'âme subtile part;
Je suis le corps, toi la meilleure part:
Où es-tu donc, ô âme bien aimée?
5 Ne me laisse pas si longtemps pâmée* *évanouie
Pour me sauver après viendrais trop tard.
Las! ne mets point ton corps en ce hasard:* *péril
Rends-lui sa part et moitié estimée.
Mais fais, ami, que ne soit dangereuse
10 Cette rencontre et revue amoureuse,
L'accompagnant, non de sévérité,
Non de rigueur, mais de grâce amiable,
Qui doucement me rende ta beauté,
Jadis cruelle, à présent favorable.

(1555)

Commentaire

Sonnet de structure toute classique et régulière, avec seulement quelques variations de rythme.

Premier quatrain: L'observation générale sur la vie et la mort est introduite par "on." Cependant elle devient tout à fait personnelle. Par quel moyen l'auteur accomplit-elle cela? L'absence de la personne aimée est comme la mort. Qu'est-ce qui—et qui—est "la meilleure part"? Commenter la périphrase.

Deuxième quatrain: Comment est exprimée la souffrance de l'auteur due à l'absence de la personne aimée? Dans quel sens la pâmoison (perte de connaissance) est-elle comme la mort? La poétesse est-elle la seule à éprouver cet évanouissement? L'aimé risque-t-il aussi la "mort"? Expliquer la périphrase "sa part et moitié estimée."

Les tercets expriment à la fois le désir d'une réunion, d'une rencontre, ainsi qu'une crainte. Quelle est cette crainte? Quel mot indique la raison de cette crainte?


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